Avertissement : de nombreux lecteurs pourraient trouver le contenu de cet article graphique et/ou dérangeant.
De manière générale, la société mondiale s’accorde à dire que l’esclavage est inhumain et dégradant, et la majorité des gens sont surpris qu’à certains moments de l’histoire, l’esclavagisme était normal et acceptable. Mais d’une certaine manière, de nombreuses personnes acceptent encore une forme d’esclavagisme moderne : le trafic sexuel. Et bien que de nombreuses personnes s’opposent au trafic sexuel, ce qu’elles ne savent pas est que la demande du trafic sexuel est attisée par la pornographie et l’industrie du porno.

Bien que personne ne connaisse sa véritable origine, la Lettre Esclavasite de Willie Lynch a plus de trois-cent ans. [1] Selon l’histoire, les colons de Virginie, en 1712, dans l’incapacité à contrôler leurs esclaves, ont demandé de l’aide à un propriétaire d’esclaves nommé Willie Lynch. “Votre invitation m’a atteint sur ma modeste plantation des Antilles”, répond-il, “où j’ai expérimenté avec quelques-unes des plus récentes et des plus anciennes méthodes pour le contrôle des esclaves”. La lettre est un manuel d’instructions de l’esclavagisme – comment “casser” les esclaves, comment organiser, faire un lavage de cerveau et les monter les uns contre les autres pour les rendre plus dociles.

Malgré des questionnements sur son authenticité, [2] la lettre se retrouve dans de nombreuses références, des scripts Hollywoodiens aux discours politiques, et des listes de lectures de l’enseignement supérieur aux albums de hip-hop. C’est comme si cette lettre représentait toute l’objectivation, la déshumanisation et l’inhumanité de l’esclavagisme, en seulement quelques pages. “Nous utiliseront le meme principe de base employé pour casser un cheval”, explique la lettre. “Ce que nous faisons avec les cheveaux c’est les casser d’une forme de vie a une autre qui les réduit de leur état naturel, dans la nature.”

Que la lettre soit authentique ou non, il est bon de noter que lorsque Corey Davis, proxénète New-Yorkais, a été arrêté par les enquêteurs fédéraux en décembre 2006, une copie de la Lettre de Willie Lynch se trouvait dans sa Mercedes. D’autres titres de la liste de lecture de M. Davis incluaient Les 48 lois du pouvoir, et Qui a dit que se prostituer n’était pas facile ?

Les livres ne furent pas les seules choses saisies. Les enquêteurs ont également confisqué sa montre à 91 000$, les bottes Timberland qu’il utilisait pour frapper les filles qui n’obéissaient pas (les proxénètes appellent cette technique le “timming”), et bien entendu le t-shirt que Davis portait lors de son arrestation. Il avait d’écrit “Les raclées continueront.” [3]

Pourquoi un proxénète New-Yorkais moderne lisait-il des instructions vieilles de 300 ans sur la façon de casser un esclave ? En prenant en considération le degré d’intimidation, de coercition, de lavage de cerveau et de violence qui accompagne le trafic sexuel de nos jours, cela prend plus de sens.

A quel point le trafic sexuel de nos jours est-il mauvais ?

Les activistes anti-trafic sexuel doivent souvent défendre leur utilisation du mot “esclavagisme” [4] Certaines personnes ne pensent pas que les problèmes de trafic sexuel de nos jours soient assez importants pour mériter un mot aussi chargé émotionnellement. D’autres pensent que ce mot, d’une certaine façon, romantise le problème. En réalité, croyez-le ou non, discuter de l’utilisation du mot “esclave” n’est qu’une petite partie d’un débat plus important sur le trafic sexuel, en particulier aux États-Unis. Certaines personnes questionnent la gravité du problème, ou son envergure telles qu’elles sont dépeintes par les rapports. [5] D’autres questionnent les motifs des abolitionnistes et des activistes pour les droits de l’homme, en première ligne du combat. [6]

Ici, à Fight the New Drug, nous savons que le trafic sexuel est un gros problème mondial et que cette forme d’esclavagisme moderne est liée de façon inhérente au problème de la pornographie. Puisque c’est un problème enterré, les chiffres sont plus difficiles à obtenir, mais nous savons que les données réelles de ce qu’il se passe dans le monde sont bien plus importantes que ce qui est rapporté. Et le trafic d’une seule personne n’est-il pas déjà de trop ?

Notre objectif est de vous donner les faits, alors considérez ce document comme un arrêt unique pour connaître toutes les bases du trafic sexuel et de son lien avec le porno. Vous aurez ensuite toutes les informations dont vous aurez besoin pour tirer vos propres conclusions et rejoindre la conversation sur la façon dont le porno attise le trafic sexuel.

Qu’est-ce que le trafic sexuel ?

Les définitions légales sont techniques, mais le trafic sexuel est un type de trafic humain, et le trafic humain est exactement ce que nous pensons : du trafic de personnes. Si “trafic” signifie acheter et vendre des choses, ou déplacer des biens afin qu’ils puissent être utilisés à profit, alors “trafic humain” signifie acheter ou vendre des humains, ou déplacer des humains afin qu’ils puissent être utilisés à profit. C’est la forme la plus pure d’objectification – la marchandisation littérale d’une personne.

Que vous le sachiez déjà ou non, il y a de fortes chances pour qu’à un moment de votre vie, vous ayez mangé un fruit cueilli par un esclave, porté un t-shirt fabriqué par un esclave, utilisé un appareil partiellement produit par un esclave, ou marché dans un bâtiment construit par un esclave. Les estimations du nombre d’esclaves de nos jours vont de 21 à 32 millions. [7] La vaste majorité provient de populations vulnérables comme les immigrants, les réfugiés, les plus appauvris et les enfants. Ils peuvent avoir été pris de force ou manipulés sous la promesse d’un bon emploi, pour finalement se trouver sans rien, dans un lieu étranger, sans pouvoir s’échapper. Généralement, ils doivent de l’argent aux personnes – aux trafiquants – qui les ont emmenés. Les trafiquants utilisent leurs dettes pour confisquer leurs papiers d’immigration, les menacer d’actions légales ou de déportation, les menacer, ainsi que leurs familles, de violences, et même pour leur infliger des violences si les victimes ne se placent pas en servitude. Les trafiquants sont souvent les seuls qui parlent la langue de la victime, et les victimes se trouvent sur une terre étrangère, loin de chez eux et d’un point d’aide. En travaillant ainsi, ils font gagner environ 150 milliards de dollars tous les ans aux personnes qui abusent d’eux, dans tous les types d’industries et de configurations, des usines et fermes aux hôtels et bordels – même aux États-Unis. [8]

Parmi ces millions de victimes de trafic humain, un peu moins d’un quart – environ 22 pourcent – sont utilisés pour le sexe. (ces 22 pourcent ramènent 66 pourcent des profits mondiaux du trafic humain ! [9]) Voilà dont le trafic sexuel : les 22 pourcent de personnes trafiquées qui sont exploitées à des buts sexuels.

Alors, avant d’aller plus loin, nous savons ce que vous pensez. Ce moment est celui où les gens commencent à imaginer la version Hollywoodienne du trafic sexuel : de jeunes garçons et filles kidnappés dans des pays du Tiers-Monde ou de l’Europe de l’Est, enchaînés et forcés à prendre part à la pornographie du marché noir, ou à travailler en tant que prostitués dans un salon de massage, un motel miteux, ou un bordel – ou des garçons et des filles venant du même endroit, passés illégalement aux États-Unis et abusés de façon similaire.

Et oui, ces histoires existent bien. Elles sont non seulement vraies, mais elles sont plus proches de chez vous que vous ne pouvez l’imaginer. Lisez simplement la façon dont le raid d’une petite maison tranquille d’un quartier de classe moyenne du New Jersey a été décrit dans le New York Times :

Grâce à un renseignement, la police de Plainfield a perquisitionné la maison en février 2002, s’attendant à trouver des étrangers travaillant de façon illégale dans un bordel au sous-sol. Ce que la police a trouvé sont quatre filles entre 14 et 17 ans. Elles étaient toutes Mexicaines, sans papiers. Mais elles n’étaient pas des prostituées : elles étaient des esclaves sexuelles. La distinction est importante : ces filles ne travaillaient pas ç profil ou pour un salaire. Elles étaient captives et étaient surveillées de près par leurs trafiquants et gardiens. … La police a trouvé l’équivalent sordide d’un bateau d’esclaves du 19ème siècle, avec des salles de bain rances et sans portes, des matelas putrides sans draps, et un tas de pénicilline, de “pilules du lendemain” et de misoprostol, un médicament anti-ulcères qui peut entraîner un avortement. Les filles étaient pâles, exténuées et mal nourries. [10]

C’est ce genre de situations que la majorité des gens imaginent quand ils entendent la phrase “trafic sexuel”. Et on peut comprendre pourquoi les réalisateurs gravitent autour de cette version. C’est viscéralement dérangeant. La majorité des gens seraient choqués de savoir qu’une scène comme celle-ci soit possible en plein cœur d’un quartier Américain moderne.

Mais voilà : si cette version “Hollywoodienne” est tout ce que vous connaissez du trafic sexuel, vous ne voyez alors qu’une petite partie d’un iceberg bien plus complexe. De nombreuses histoires Hollywoodiennes, et même de nombreux exemples de trafic sexuel de cet article, représentent des situations où les femmes et les filles sont des victimes, mais il est important de noter que les hommes et les garçons sont également victimes du trafic sexuel et font partie de ce tableau plus grand et plus complexe. Et pour comprendre ce tableau, vous devez comprendre la LPVT.

Qu’est-ce que la LPVT et pourquoi est-elle importante ?

En 2000, en réponse aux rapports de trafic humain international, une des plus grandes coalitions bipartisanes de l’histoire s’est regroupée pour voter la Loi sur la Protection des Victimes de la Traite, ou LPVT. [11] Cette législation historique identifie des “formes sévères” de trafic humain, impose des pénalités criminelles aux offenseurs, et offre des systèmes de soutien aux victimes. [12]

La LPVT définit le trafic sexuel comme une situation dans laquelle “un acte sexuel commercial est réalisé de force, par fraude, en coercition, ou lorsque la personne réalisant cet acte n’a pas atteint 18 ans.” [13] Il a été défini en réponse au trafic sexuel international comme l’exemple du New Jersey que nous venons de décrire, mais il a eu un résultat intéressant. Il a mis en lumière toutes les formes de trafic sexuel aux États-Unis. Voici comment un article a décrit les effets :

Un des résultats positifs de la LPVT est qu’elle a porté l’attention sur le trafic sexuel domestique – le proxénétisme – qui suit les mêmes modèles et motifs que son équivalent international. “La logique était : si une jeune fille au Cambodge vous donne les larmes aux yeux, pourquoi ne serait-ce pas le cas pour une fille de l’Iowa ?” [14]

Vous vous souvenez de Corey Davis ? Le proxénète avec le manuel d’esclavagisme dans sa Mercedes ? Ses victimes ne venaient pas de pays étrangers. Elles n’étaient pas retenues mais des situations d’immigration compliquées, ni emprisonnées constamment par des gardes armés. Elles étaient Américaines. De nombreuses fois, elles ont eu le choix de partir. Davis les a gardées à son service via un mélange de fraude, de violence physique et d’intimidation psychologique, à tel point qu’elles pensaient ne plus avoir le choix que d’obéir. [15] Un autre proxénète poursuivi selon la LPVT avait des victimes allant de la fugueuse de 12 ans à l’étudiante en université avec des problèmes de bourse. [16] En identifiant les pratiques qui constituent le trafic humain, la LPVT a porté l’attention sur tous les cas de trafic, peu importe l’origine des victimes.

Mais il y a plus. Regardez de nouveau la définition de la LPVT du trafic sexuel “un acte sexuel commercial réalisé de force, par fraude ou coercition.” Ce dernier mot, coercition, est important. Il signifie qu’un acte sexuel commercial peut être considéré comme du trafic sexuel, même si personne n’a été attaqué physiquement, et même si personne n’a été manipulé ni fraudé. Il faut simplement une coercition. Le moment où une victime est forcée ou intimidée afin de réaliser un acte sexuel commercial contre sa volonté, c’est du trafic sexuel.

Une fois de plus, cet aspect de la LPVT apporte un élément nouveau à toutes les petites formes de proxénétisme et d’exploitation qui pourraient être ignorées. Une personne force son époux(se) à se prostituer. Du trafic. Un(e) petit(e) ami(e) fait pression sur son partenaire pour se déshabiller devant une caméra, puis le(la) menace de montrer la vidéo à sa famille et à ses amis si il(elle) ne recommence pas. Du trafic. Un acteur porno découvre que sa scène est bien plus dégradante qu’on ne lui avait dit, et son agent le force à le faire en menaçant d’annuler ses autres contrats. Encore une fois : du trafic.

Et c’est là que commencent les liens avec la pornographie.

De quelle façon le trafic sexuel est-il connecté à la pornographie ?

J’étais en Californie, et je devais faire une scène de fellation. […] J’y vais et on me dit “Ah ouais, c’est une fellation forcée”. Je répond “Quoi ?” Juste une gars, une petite caméra sur un trépied. […] J’avais peur. J’étais terrifié. Je ne savais pas quoi faire. Je ne savais pas si je pouvais lui dire non. Ou le fait que nous ayons déjà enregistré 15 minutes, si je pouvais juste me casser. Et puis ? C’est comme ça que j’ai compris comment se sentaient les victimes de viol. Elles se sentent mal vis-à-vis d’elles-mêmes. [17]

Il existe plein de connexions, petites ou grandes, entre la pornographie et le trafic sexuel. Il y a des connexions incidentelles, comme le fait que l’exposition à la pornographie a été démontré comme rendant les spectateurs moins compatissants envers les victimes de violence sexuelle et d’exploitation.[18] (Voir De quelle façon la consommation de porno peut-elle mener à de la violence.) Il y a des liens “d’offre et de demande” : le simple fait que la pornographie – en particulier lorsque les habitudes de visionnage et les fantaisies impliquent de la violence ou d’autres fétichismes – augmente la demande de trafic sexuel, alors que de plus en plus de spectateurs veulent refaire ce qu’ils ont vu. Il y a la connexion du “manuel de formation” : le fait bien documenté que le porno informe directement ce qui se reproduit dans le trafic. Les trafiquants et acheteurs sexuels ont des idées qui viennent des pornos, et ils font regarder leurs victimes pour leur montrer ce qu’elles devront faire, afin que la fantaisie violente d’un directeur de porno et de ses acteurs devienne la réalité pour certaines victimes de trafic. [19] Puis il y a le lien de facteur de risque : le fait que, en plus de la pauvreté et de l’abus de substances, un enfant qui grandit dans une maison où la pornographie est régulièrement consommée aura bien plus de chance de faire partie d’un trafic à un moment de sa vie. [20]

Mais quel est le lien le plus important et le plus surprenant entre la pornographie et le trafic ? C’est qu’ils sont souvent la même chose. Nous pouvons passer des heures et des heures à pointer du doigts les relations de cause à effet et symbiotiques entre le trafic et le porno. Ces connexions sont réelles, et c’est une conversation importante à avoir. Mais ne retranchons pas l’idée que le porno et le trafic sexuel soient toujours séparés. Généralement, ils ne le sont pas.

Comment le trafic sexuel et le porno peuvent-ils être la même chose ?

Pour commencer, presque la moitié des victimes du trafic sexuel rapportent que des actes pornographiques ont été réalisés sur eux alors qu’ils étaient liés. [21] La victime ne se tournera pas vers la caméra pour annoncer qu’elle est victime de trafic, donc ces images et vidéos trouvent leur place sur les sites de porno connus, de façon indissociable des autres. En fait, même si la victime ne montre pas sa détresse, elle reste toujours impossible à connaître, car les pornos sur le thème du viol et de l’abus sont maintenant très connus. Une rescapée, dont les ravisseurs dormaient sur elle la nuit pour éviter qu’elle ne s’échappe, la regardaient par un trou lorsqu’elle allait aux toilettes et écoutaient ses appels téléphoniques avec un révolver sur sa tempe, a du apparaître dans une vidéo qui a fait partie des “productions de sexe positif” du Sinclair Intimacy Institute ! [22] “A chaque fois que quelqu’un regarde ce film”, dit-elle, “on me voit en train de me faire violer.” (Voir Les secrets obscurs de l’industrie du porno.)

Deux exemples de plus : le numéro de juillet 2007 de Taboo, un magazine Hustler, montrait plusieurs pages d’une jeune femme prisonnière et sévèrement abusée par ses ravisseurs. Ils ont pris des photos et des vidéos d’elle et les ont vendues comme du porno. [23] Dans un autre cas, un juré de Miami a condamné deux hommes qui manipulaient des femmes, en les faisant venir en Floride pour auditionner en tant que modèles, les droguant, les filmant en train de se faire violer, et vendant les vidéos sous forme de porno en ligne et dans les magasins partout aux USA. Cela a duré cinq ans. [24] En cinq ans, combien de ces vidéos ont-elles été vues par des personnes qui ne souhaitaient pas contribuer au trafic humain et qui ont assumé qu’ils regardaient le travail d’acteurs consentants ?

Mais le mot “consentement” est glissant dans le monde du porno. Et de toutes les façons dont la pornographie et le trafic sexuel se recoupent, le secret le plus noir et le plus surprenant de tous est celui-ci : même dans la production des pornos grande audience, le trafic sexuel est régulier. Souvenez-vous qu’il ne faut pas forcément un élèvement ou des menaces de violence. Il suffit simplement qu’il y ait coercition :

“On m’a menacée de faire la scène sous peine d’être poursuivie en justice pour beaucoup d’argent.”

“[Je] leur ai dit d’arrêter, mais ils ont continué jusqu’à ce que je pleure et gâche la scène.”

“Il m’a dit que je devais le faire, et que si je ne pouvais pas, il me ferait payer et que je perdrais toutes mes autres scènes car j’entacherai la réputation de son agence.” [25]

Aucune de ces citations ne provient de quelqu’un qui était enchaîné dans une pièce. Aucune ne provient d’une victime battue jusqu’à la soumission, ou tenue prisonnière dans un bordel sordide. Chacune de ces actrices est rentrée chez elle à la fin de la scène et a reçu un chèque de paye. Mais cela est-il du consentement ? Ou est-ce plutôt de la coercition ? (Voir Les secrets obscurs de l’industrie du porno.)

Cet aspect du monde du porno est tellement commun que vous n’avez pas besoin d’aller sur des sites anti-pornographie ni de parler à d’anciens acteurs de porno pour en entendre parler. Les acteurs porno actuels racontent tous la même histoire. Cela en dit long sur la culture et les attentes de l’industrie du porno qui, souvent, lorsque vous entendez les mêmes plaintes de personnes qui travaillent toujours dans l’industrie, blâme un agent, directeur ou acteur “non professionnel”. Cependant, légalement et selon la LPVT, ce ne sont pas seulement des personnes qui font un mauvais travail : ce sont de potentiels crimes de trafic sexuel, punissables par vingt années de prison. En fait, selon la définition des Nations Unies du trafic humain, peu importe que la victime ait dit non ou pas : “le consentement d’une personne trafiquée n’a plus d’importance dès lors qu’une des ‘façons’ de trafiquer [coercition, fraude, menace de force, etc.] est utilisée.” [26]

Conclusion

Le trafic sexuel est-il une forme d’esclavagisme moderne ?

Nous avons vu que le terme “trafic sexuel”, de manière légale, peut être appliqué à toutes les situations, des situations d’emprisonnement dans un bordel à la simple coercition et intimidation qui peut avoir lieu sur la scène d’une vidéo porno moderne. Avec une si grande gamme d’offenses, on peut comprendre qu’il soit difficile d’estampiller le mot “esclavagisme” sur tout. Même dans certains cas les plus graves, les abuseurs ne “possèdent” pas leurs victimes. Les gouvernements ne sanctionnent pas le comportement. On pourrait se demander de façon raisonnable : pourquoi même aller jusqu’à la comparaison ?

Mais, de nouveau, pourquoi un proxénète moderne avait-il un manuel d’esclavagisme à l’arrière de sa voiture ?

L’avocat des survivants, Minh Dang, relève un fait intéressant. Parfois, nous avons tendant à définir le trafic humain seulement selon les termes légaux de ce qu’a fait l’agresseur, au lieu de ce qu’a vécu la victime. “Si nous comparons l’esclavagisme au trafic humain, nous devons être clairs sur le terme d’esclavagisme : est-ce sous forme d’institution, comme activité économique, ou à cause de la condition de la personne réduite en esclavage.”

Elle continue “Tout n’est pas esclavagisme, bien sûr. […] Cela ne signifie pas que les activités juste en dehors de l’esclavagisme ne sont pas tout aussi horribles.” [27]

Alors, qu’est-ce que l’esclavagisme, et qu’est-ce qui est tout aussi horrible ? Pendant combien de temps une personne doit-elle exploiter le corps d’un autre être humain avant que cela ne soit qualifié d’esclavagisme ? Dix ans ? Un an ? Une heure ? A quel point l’expérience de la victime doit-elle être affreuse ?

A l’époque de la Traite des esclaves, les esclavagistes utilisaient des bibelots et des tissus rouge vif qu’ils éparpillaient sur les plages d’Afrique de l’Ouest jusque sur les rampes de leurs bateaux. Leurs victimes montaient sur les rampes et finissaient esclaves, attirés par les objets luxueux et brillants qui étaient bien plus beaux que tout ce qu’ils avaient pu voir jusqu’à maintenant. [28]

Quels sont les appâts de nos jours ?

“Venez en Floride pour débuter votre carrière de modèle !”

“Venez en Amérique pour une vie meilleure !”

“Je vais faire de toi une star !”

Le trafic sexuel est l’expérience de se faire appâter loin de sa zone de sécurité et dans une situation dans laquelle une personne peut être dominée et exploitée par un autre être humain. La victimisation peut durer des années, ou quelques minutes, mais cette menace commune reste la même.

Bien avant la Guerre civile Américaine, des millions d’Américains avaient réalisé que l’esclavagisme était mauvais. Ils l’ont condamné. Ils ont prêché des sermons sur lui. Ils ont publié des livres, dépliants et tracts abolitionnistes. Ils ont sauvé des esclaves. Ils sont allés au Congrès. Alors pourquoi le problème persiste-t-il toujours ?

Parce que tout en condamnant, prêchant et publiant sur le mal de l’esclavage, ils portaient les chemises en coton produites par ce même mal.

Le trafic sexuel moderne partage une variété de connexions symboliques avec la pornographie. Souvent, elles ne sont qu’une seule et même chose. Vous pouvez détester quelque chose. Vous pouvez être outré. Mais si vous continuez à soutenir et à vous engager envers cette industrie d’une façon qui lui donne vie, à quoi cela sert-il de s’outrer ? Faites en sorte de compter : soyez une voix contre l’esclavagisme des temps modernes. Soyez une voix contre l’exploitation sexuelle et arrêtez la demande de trafic sexuel via la pornographie.

Citations
[1] Willie Lynch letter: The Making of a Slave. (n.d.). Retrieved from http://www.finalcall.com/artman/publish/Perspectives_1/Willie_Lynch_letter_The_Making_of_a_Slave.shtml
[2] Ampim, M. (2014, May 1. ) Death Of The Willie Lynch Speech. Retrieved from http://www.lb7.uscourts.gov/documents/13-28441.pdf; Willie Lynch is Dead (1712?-2003). (n.d.). Retrieved from http://web.archive.org/web/20031003153215/http://www.africana.com/articles/daily/ht20030929lynch.asp
[3] Cowan, A. L. (1216397989). What a Pimp Reads. Retrieved from https://cityroom.blogs.nytimes.com/2008/07/18/what-a-pimp-reads/
[4] Talking about Trafficking: Should we use the words slave and slavery? | Human Trafficking Center (n.d.). Retrieved from http://humantraffickingcenter.org/talking-trafficking-using-words-slave-slavery/
[5] Human Trafficking Evokes Outrage, Little Evidence. (2007, September 23). Retrieved from http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/article/2007/09/22/AR2007092201401.html
[6] Graham, R. (2015, March 5). How Sex Trafficking Became a Christian Cause Célèbre. Slate. Retrieved from http://www.slate.com/articles/double_x/faithbased/2015/03/christians_and_sex_trafficking_how_evangelicals_made_it_a_cause_celebre.html
[7] Facts About Modern-Day Slavery | Anka Rising. (n.d.). Retrieved from http://www.ankarising.org/slavery/facts-about-modern-day-slavery/
[8] The Facts. (2015, October 12). Retrieved from https://polarisproject.org/facts
[9] International Labour Organization. (2014). Profits And Poverty: The Economics of Forced Labour. Retrieved from http://www.ilo.org/wcmsp5/groups/public/—ed_norm/—declaration/documents/publication/wcms_243391.pdf
[10] The Girls Next Door – The New York Times. (2004, Jan 25). Retrieved from http://www.nytimes.com/2004/01/25/magazine/the-girls-next-door.html
[11] Trafficking Victims Protection Act (TVPA) of 2000, Pub. L. No. 106–386, Section 102(a), 114 Stat. 1464.
[12] Trafficking Victims Protection Act. (2009, November 29). Retrieved from https://fightslaverynow.org/why-fight-there-are-27-million-reasons/the-law-and-trafficking/trafficking-victims-protection-act/trafficking-victims-protection-act/
[13] Trafficking Victims Protection Act (TVPA) of 2000, Pub. L. No. 106–386, Section 102(a), 114 Stat. 1464.
[14] Collins, Amy. (2011). Sex Trafficking of Americans: The Girls Next Door. Vanity Fair. Retrieved from http://www.vanityfair.com/news/2011/05/sex-trafficking-201105
[15] United States Department of Justice. (2008, May 14). Leader of New York-Connecticut Sex-Trafficking Ring Pleads Guilty. Retrieved from https://www.justice.gov/archive/opa/pr/2008/March/08_crt_208.html
[16] Collins, Amy. (2011). Sex Trafficking of Americans: The Girls Next Door. Vanity Fair. Retrieved from http://www.vanityfair.com/news/2011/05/sex-trafficking-201105
[17] Hot Girls Wanted. Netflix
[18] Zillmann and Bryant, “Effects of Massive Exposure to Pornography” in Pornography and Sexual Aggression, Eds. Neil M. Malamuth and Edward Donerstein (New York: Academic Press, 1984 and J. V. P. Check and T. H. Guloien, “The Effects of Repeated Exposure to Sexually Violent Pornography, Nonviolent Dehumanizing Pornography, and Erotica,” in Pornography: Recent Research, Interpretations, and Policy Considerations, Eds. D. Zillmann and J. Bryant (Hillsdale, N.J.: Erlbaum, 1989)
[19] Dr. Karen Countryman-Roswurm, LMSW, Ph.D. Interview || Truth About Porn [Video file]. (2016, December 28). Retrieved from https://vimeo.com/190317258
[20] Countryman-Roswurm, Karen (2017). Primed for Perpetration: Porn And The Perpetuation Of Sex Trafficking. Guest blog for FTND, retrieved from http://fightthenewdrug.org/fighting-sex-trafficking-absolutely-includes-fighting-pornography/
[21] Thorn, “A Report on the Use of Technology to Recruit, Groom, And Sell Domestic Minor Sex Trafficking Victim (2015). Retrieved from https://www.wearethorn.org/wp-content/uploads/2015/02/Survivor_Survey_r5.pdf
[22] Catharine A. MacKinnon, Are Women Human? (Cambridge, MA: Harvard University Press, 2007
[23] U.S. Attorney’s Office for the Western District of Missouri, “Victim Tortured as Slave, Forced into Sex Trafficking and Forced Labor,” press release, March 30, 2011.
[24] U.S. Department of Justice, “Two Men Sentenced to Multiple Life Sentences for Enticing Women to South Florida to Engage in Commercial Sex Acts and Distributing Date Rape Pills,” press release, February 17, 2012.
[25] Hughes, D. (2010). “Sex Trafficking of Women for the Production of Pornography,” Citizens Against Trafficking.
[26] FAQs. (n.d.). Retrieved from https://www.unodc.org/unodc/en/human-trafficking/faqs.html#What_if_a_trafficked_person_consents
[27] Language Matters: Defining Human Trafficking and Slavery – End Slavery Now. (n.d.). Retrieved from http://endslaverynow.org/blog/articles/language-matters-defining-human-trafficking-and-slavery/
[28] National Humanities Center. (n.d.) Capture in West Africa, Accounts From the Narratives of Former Slaves, WPA Narratives, 1936-1938. Retrieved from http://nationalhumanitiescenter.org/pds/maai/freedom/text6/capturenarratives.pdf

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